2 décembre 2022

Interview : Toth-M, auteur de Distress

Le jeune auteur breton Toth-M a fait une entrée fracassante dans le monde du webtoon en mêlant avec succès romance, monstres et aventure, dans sa série Distress (voir notre chronique). En attendant une saison 2 sur Webtoon Factory (et peut-être d’autres surprises), on n’a pas résisté à l’envie de lui poser quelques questions !

Webtoon Actu : Peux-tu nous en dire plus sur ton parcours, avant la sortie de Distress ? (formation, précédents travaux…)

Toth-M : Salut ! J’ai commencé le dessin assez tard, alors que j’entrais au lycée. Mais c’est très rapidement devenu une passion envahissante et, une fois mon BAC en poche, je suis entré à L’école Pivaut (à Nantes) où j’ai pu apprendre toutes les bases techniques du dessin et de la narration. Après deux années de tronc commun, je m’y suis spécialisé en Animation 2D et ai pu réaliser mon propre court métrage Polaroid. J’ai été diplômé en 2019, et Distress est mon premier projet pro édité.

Polaroid, court-métrage réalisé par Toth-M

Comment s’est faite la publication de Distress sur Webtoon Factory ? Leur as-tu soumis ta série ou est-ce eux qui ont repéré ton travail ?

À la sortie de l’école, j’ai pendant quelques mois eu la chance de pouvoir travailler sur plusieurs dossiers d’éditions en collaboration avec des scénaristes. On m’a, dans ce cadre, donné rendez-vous au festival de la BD d’Angoulême pour discuter de l’un d’entre eux avec une éditrice de Dupuis.

J’avais au préalable fait en sorte d’imprimer un portfolio à montrer sur place aux éditeurs croisant mon chemin. J’y ai croisé Eloi Morterol (éditeur freelance pour Dupuis/Webtoon Factory, NDR), à qui j’ai pu présenter mon petit dossier, et quelques semaines après le Festival, j’ai reçu un mail de sa part me demandant si j’avais quelque chose à lui soumettre. À ce moment-là (février 2020, au tout début du Covid) je n’avais rien préparé, et ai donc décidé de me mettre au taf pour lui proposer deux idées.

Rapidement, pendant le premier confinement, mes idées se sont organisées, et Distress est né. La production a commencé en août 2020, et ce beau projet était né !

Combien de temps faut-il (en moyenne) pour créer un chapitre de Distress, et quelles sont les principales étapes ?

Le temps de production d’un épisode varie légèrement d’un épisode à l’autre, mais il est tout de même possible de faire une comparaison. Au début de la série, quand je n’avais pas encore pris mes automatismes, un épisode me prenait environ un mois à temps plein. Au fil du temps, mon rythme s’est amélioré, et vers la fin de la publication de la saison 1, un épisode complet me prenait deux semaines.

Est-ce que le webtoon est ton format de prédilection, ou est-ce que tu t’y es initié pour pouvoir publier Distress ?

À vrai dire, pas du tout ! J’ai découvert le format webtoon il y a quelque temps, mais n’avais jamais pris le temps de vraiment m’y mettre avant d’envisager d’en faire. On peut donc dire que Distress a été une initiation pour moi. On peut d’ailleurs le voir sur les premiers épisodes, dont la narration et le découpage sont un peu moins fluides que par la suite. Par ailleurs, je me suis mis à consommer du webtoon, et je dois dire que j’ai beaucoup, beaucoup de séries que je suis désormais. (Lisez Blades of Furry, c’est une dinguerie queer !)

Quels sont selon toi les principaux avantages et inconvénients de ce format ?

Les avantages du webtoon, à mes yeux, sont la simplicité de diffusion, qui permet à beaucoup d’auteurs débutants de diffuser leur travail sur des plateformes très visibles. Le côté sériel est aussi important. Le fait que la BD devient un rendez-vous hebdomadaire ajoute une dimension intéressante à la publication. Il y a évidemment le fait que beaucoup d’auteurs issus des minorités se soient emparés du format que je trouve super riche également. On peut lire, en webtoon, des histoires qui n’auraient pas été publiées chez des éditeurs dits « classiques », car potentiellement jugées trop « niche », et ça c’est cool. Ça montre aux acteurs du milieu qu’on peut aussi faire du chiffre, avoir des lecteurs, en abordant des sujets auxquels peu de gens ont pensé.

Concernant les désavantages, je dirais qu’il n’y en a pas beaucoup côté création. Je parlerais peut-être plutôt des conditions de travail. On ne va pas se mentir, les rémunérations ne sont pas encore au niveau des attentes des auteurs, et la pression de la publication rapide chez certaines plateformes met les nerfs à rude épreuve. Combien d’auteurs ne peuvent plus tenir un rythme qui leur rend la vie impossible ? Les plateformes ne doivent, à mes yeux, pas oublier que la principale matière qui nourrit le travail d’un auteur, c’est son vécu. Et pour vivre des choses, il nous faut un peu de temps et de l’argent. (À bon entendeur)

Comment t’est venue l’idée de l’histoire de Distress ?

Distress est né pendant le confinement, alors que j’étais seul pendant des mois dans mon petit appart’ de 18m². Depuis tout petit, je suis fan absolu des monstres, loups-garous en tous genres, et j’ai toujours eu du mal, quand j’étais gosse, à m’identifier aux histoires associées à ces figures mythologiques que j’adore. Alors, j’imagine qu’avec Distress, j’avais envie de conjurer le sort, faire disparaître cette frustration que j’ai toujours eue.

Distress met en scène un Français étudiant au Québec, pourquoi ce choix ?

Je suis un petit breton. À ce titre, j’ai toujours passé tous mes hivers à attendre la neige avec impatience. Et comme je vivais… en Bretagne, je n’ai jamais eu l’occasion de la voir réellement. Alors je pense que, comme pour cette histoire de loups-garous, j’me suis dit qu’il serait temps pour moi de dessiner de la neige. Plein de neige. Et puis, au moment de l’écriture de la série, je discutais beaucoup avec une amie qui habitait Montréal, alors j’me suis dit « pourquoi pas ? ».

Distress est en quelque sorte un Boy’s Love, mais la romance ne constitue pas le cœur de la série, qu’on qualifierait plutôt de fantastique/action/enquête. Était-ce important pour toi d’avoir un couple de garçons, intégré à un récit qui dépasse cet élément ?

Oui, c’était peut-être la chose la plus importante, l’idée la plus ancrée en moi. J’ai toujours eu du mal à apprécier le contenu BL qui s’offrait à moi. Peut-être parce que dans certaines œuvres, je trouvais un côté voyeuriste qui m’a gêné, ou parce que ce contenu était souvent destiné à un public féminin et, au final, n’était pas réellement fait pour moi..

J’aurais rêvé, plus jeune, pouvoir lire un truc avec des persos qui me ressemblent, et qui vivent des aventures, sans pour autant que leur sexualité soit le sujet central de l’œuvre dans laquelle on peut les lire. Ok, mes persos sont gays, mais ce sont avant tout des persos qui se définissent par leurs actions, et pas par les cases dans lesquelles on les met. Ils aspirent à vivre des aventures de dingos, comme tout le monde !

Qu’est-ce qui t’étonne, t’amuse ou te plaît le plus parmi les retours de tes lecteurs et lectrices ?

Alors déjà, j’en profite pour remercier chacun d’entre vous qui avez lu, liké ou commenté un épisode de Distress. C’est vraiment adorable, et soyez certains que je lis chacun des commentaires laissés sur la série !

Les retours sont vraiment super adorables, et je dirais que ce que j’ai le plus aimé, c’est l’intelligence et la bienveillance des commentaires. J’ai l’impression que les lecteurs ont compris ce que je voulais qu’on ressente en lisant la série, et c’est vraiment top.

Et puis, sans mentir, le retour qui m’a le plus marqué est celui de Tony Valente. Genre… Le boss ultime du « manga game » en France a lu la série, et il semble l’avoir appréciée. Je suis fan de Radiant depuis sa sortie et, forcément ça m’a beaucoup marqué et motivé pour la suite.

Dans Distress, on parle beaucoup de monstres, on peut aussi en retrouver sur ton compte Instagram, tu disais même que tu en étais fan depuis tout petit ; qu’est-ce qui te plaît chez ce type de créatures ?

La monstruosité est un thème qui me hante depuis toujours. C’est quelque chose qui m’a toujours interloqué et qui, je pense, sera présent sous une forme ou une autre dans chacune de mes futures productions. Je ne saurais pas foncièrement dire ce qui me plaît là-dedans, je sais seulement que ça m’habite.

J’ai essayé de le théoriser un temps, je me suis dit que peut-être tout cela avait un rapport avec le fait que j’étais très solitaire et perçu comme étant étrange lorsque j’étais enfant. Peut-être que je trouve dans ces créatures un miroir de ce que j’étais plus jeune ? J’avoue, du coup, avoir une tendresse particulière pour elles.

Quelle est la suite pour Distress ? Une saison 2 ? Une publication papier ?

La saison 2 est en cours de préproduction, et la 3 dans un coin de ma tête. Pour le reste, on verra. Ou pas. Ou peut-être que si ? Qui sait ?

Découvrez Distress sur Webtoon Factory

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