23 juin 2024

Interview de Marylou Meli, ancienne élève de l’EIMA et autrice du webtoon « Space Maru »

Et bien c’est Marylou Meli, une ancienne élève de l’EIMA, qui a accepté de se prêter au jeu de l’interview pour conclure ce dossier sur l’école EIMA. L’occasion de parler webtoon, de sa formation et de son travail sur « Space Maru » !

premier extrait de « Space Maru » de Marylou Meli, aplats de couleur, travail de hachures et emploi d’une teinte opaques pour les ombrages.

Bonjour Marylou, merci d’avoir accepté cette interview pour Webtoon Actu. Tu as fait ta formation graphique à l’EIMA avant de démarrer ton webtoon « Space Maru » sur la Webtoon Factory. Tu es sortie depuis combien de temps ?

Depuis 2019.

Tu te prédestinais déjà à faire du webtoon lors de ton cursus à l’EIMA ?

Non, j’ai fait le parcours en trois ans et la troisième année, la Webtoon Factory est venue démarcher, ils ont présenté leur plate-forme et ils ont annoncé « Si vous voulez présenter des projets allez-y, on cherche des auteurs. » Et ils sont venus au jury de fin d’année qui devait finir ma formation, et comme ils étaient déjà venu dans l’année, je leur ai présenté un projet sur mesure.

C’est à cette occasion que tu as fait Space Maru ou tu l‘avais déjà en tête depuis longtemps ?

Non, je ne l’avais pas déjà en tête. Quand ils sont venus, je n’étais pas du tout branché Webtoon, je ne savais pas du tout ce que c’était. Et quand ils l’ont présenté, je me suis dit qu’ils étaient en recherche, et que j’allais leur présenter un projet de Webtoon. Et c’est là qu’est né Space Maru.

Qu’est-ce qui t’as donné envie d’aller vers le webtoon et vers la Webtoon Factory ?

C’est la nouveauté de cette forme de narration pour smartphone tout en longueur, il y avait plein de possibilités de faire défiler, de jouer avec la profondeur, la longueur des cases, ça fait penser au manga. Moi à la base, c’est le manga mon truc. Le webtoon, c’était intéressant, ça offrait plein de pistes et ça avait l’air très sympa à faire.

Quand tu as commencé à travailler sur Space Maru, tu as trouvé tout de suite des utilisations intéressantes du format ?

Oui, ça m’a bien inspiré, les premiers épisodes, je me suis vraiment amusé à les faire.

Que t’as apporté l’EIMA au niveau de ton développement artistique ?

Énormément de choses. Si j’ai fait la démarche d’aller dans une école, c’est parce que je ne savais pas et que je voulais apprendre. Le manga, c’est une discipline étrangère, exotique pour nous français. Et je ne me sentais pas juste en lisant des manga de comprendre comment ça se faisait, je sentais le besoin que quelqu’un m’explique. C’est ce que je cherchais, et je l’ai trouvé à l’EIMA. L’EIMA m’a apporté les codes de narration et le temps de pratiquer le dessin, même si on était très focus sur la narration.

Ca a été assez orienté sur la narration pendant ton parcours, c’était une des filières qui était plus narration ou c’était la même chose pour tout le monde ?

A cette époque-là, c’était la même chose pour tout le monde. Depuis, il sont évolué et changé leur programme.

On va parler de Space Maru. Le premier épisode démarre sur les chapeaux de roue dans un délire action SF ! Si tu devais la résumer en quelques phrases, comment nous la présenterais-tu ?

C ‘est un space odyssée déjanté avec des références à la pop culture que j’aime. Voilà. (rires)

Ça colle tout à fait à ce qu’on ressent en le lisant. Tu parlais de références pop culture, Moi, j’y vois Daft Punk, Tank Girl, le Velvet, et même un clin d’œil Yokaï avec le koala et ses membres disproportionnés… Ça brasse plein de domaines différents. Y en a d’autres qui comptent pour toi et que tu voudrais nous donner ?

Il y a pas mal de musique, car j’aime beaucoup, de la SF comme Star Wars, Rick et Morty, un peu de H2G2.

Comment tu travailles tes références ? Tu as déjà une idée de référence à intégrer ou ça vient quand tu développes l’histoire ?

Y a les deux, des fois, j’ai une idée et je veux la mettre, j’arrive à la caser, et parfois la scène me fait penser à une référence que je place.

Sur la narration, quand tu as présenté le projet, tu avais une longueur d’avance, une idée de la trame ? Comment tu procèdes pour une série au long cours ?

C’est une série au long cours mais cadré aussi, c’était une série en saison de 24 épisodes, et moi, je me suis dit « à la fin, l’histoire sera finie ». Et j’ai vendu le projet en leur donnant la fin. C’est ce que j’ai appris à faire, savoir où on va, ça aide pour la narration afin de ne pas se perdre, sinon le projet est pas cohérent.

Tu as développé épisode par épisode, ou tu avais un peu d’avance ?

Le jour où j’ai présenté le projet, les épisodes n’étaient pas dessinées, mais le scénario, enfin, le résumé de chaque épisode était écrit. Je savais ce qui allait se passer dans tous les épisodes jusqu’à la fin. Ensuite, quand le projet a été validé, j’ai scénarisé les épisodes et écrit les dialogues. Et après j’ai dessiné.

Donc, tu avais un résumé pour les 24 épisodes au début ?

Oui, oui, c’est ce que demandent les éditeurs afin de savoir dans quoi ils s’embarquent, je n’avais pas trop le choix non plus.

Comment s’est passé ton travail et tes recherches sur le style graphique ?

Je me suis beaucoup inspiré de Tank Girl, je suis allé voir les gens dont j’aime bien le style, c’est ce qu’on m’avait dit à l’école. Plein d’auteurs sont venus à l’EIMA pour témoigner de leur expérience, et il disait la même chose : ton style, c’est un peu le résumé de tout les styles que tu aimes et que tu as un jour copié, et c’est cet amalgame qui va faire que tu es unique. J’ai copié des dessins que j’aime bien d’auteurs différents et à force, ca a fait mon style à moi.

Pour dessiner justement, tu utilises la Tablette ou des outils traditionnel ?

Je fait les crayonnés et l’encrage sur papier, puis je scanne et je fait le montage et les dialogues en numérique.

Pour les couleurs, c’est Guillaume Cribeillet qui les réalise. Comment s’est passée la rencontre ?

C’est particulier, j’ai signé mon contrat avec la Webtoon Factory pour que Space Maru soit en noir et blanc. Entretemps, ils ont changé de directeur artistique, et le nouveau voulait tout en couleurs. On a fait des tests, mais je suis pas à l’aise en couleurs, alors ils m’ont dit cherche un coloriste. Le premier, c’est la Webtoon Factory qui me l’avait conseillé mais il a fait un épisode en trois mois et après, du jour au lendemain, il m’a dit qu’il ne pouvait plus travailler sur le projet. Mais il m’a parlé d’un de ses collègues qui était intéressé, c’était Guillaume. Je l’ai contacté, il a fait des essais, qui étaient super et depuis on travaille ensemble. Tout se fait par mail, je ne connais pas son visage, mais on s’entend très bien et c’est formidable ! Si moi, j’avais fait de la couleur, j’aurais fait comme lui.

Comment s’est passé la collaboration entre vous ?

Je lui envoie les dessins, et au fur et à mesure, il m’envoie les épisodes finis, que je valide ou je lui donne des retours à modifier, et quand tout est ok, j’envoie à la Webtoon Factory.

Par rapport à la publication sur la Webtoon Factory, en parution hebdomadaire, comment se passe la préparation, tu as des épisodes d’avance, ou tu es en flux tendu ?

C’est en flux tendu pour Guillaume, on a une avance de dix épisodes, De mon côté, tous les épisodes étaient dessinées avant que ça commence à publier mais Guillaume n’a pas fini de coloriser tout. On a une avance de dix épisodes, il est en train de finir. L’épisode seize est publié et lui travaille sur les derniers épisodes.

Tu as eu des retombées des lecteurs, tu as pu échanger avec le public ?

Un petit peu, je ne suis pas très présente pour suivre ce qui se passe mais j’ai eu des commentaires positifs.

J’espère qu’il y en aura d’autres. Comme les dessins sont terminés, tu as d’autres projets que tu développes à côté ?

J’ai envoyé deux projets à des éditeurs et je n’ai pas eu de réponse positive, je suis en stand by.

C’était des projets de quels types ?

Un projet sur l’univers viking et les éditions Dupuis et l’EIMA ont organisé un concours de Shonen, j’avais proposé un Shonen de SF et il n’a pas été retenu.

Tu vas continuer à démarcher avec ces deux projets ?

Non, je suis en stand-by, j’ai des projets dans un autre domaine, le tatouage.

Et du coup, c’était quelque chose qui t’intéressait depuis longtemps ?

Ca m’a toujours un peu intéressé. Je me suis mis à dessiner super tard, en entrant à l’EIMA. J’avais dessiné un peu quand j’étais ado, j’ai arrêté quand j’ai fait des études d’infirmière. Et quand je me suis remis à dessiner pour l’EIMA, c’est là que mon goût pour le tatouage est venu.

Tu souhaites dessiner des motifs ou réaliser les tatouages ?

Les deux.

Tu as déjà commencé à tatouer, à pratiquer ?

Je me suis entraîné sur des peaux synthétiques et j’ai fait mon premier tatouage sur moi. Mais ça va arriver, ça va commencer avec les amis, et après on verra.

Où est-ce qu’on peut te suivre pour être au courant de ton actualité artistique ?

Je ne suis pas très réseau sociaux. Il y a le compte Insta de Space Maru, que j’alimente les samedis pour les sorties d’épisode. Je n’ai pas vraiment de réseaux sociaux ni de site.

Le compte Instagram de Space Maru :

https://www.instagram.com/spacemarulab/

Et Space Maru sur la Webtoon Factory :

https://www.webtoonfactory.com/fr/serie/space-maru/1/satan-est-un-koala/

Un autre extrait de Space Maru Par Marylou Meli, on sent la référence à Tank Girl.

Comment tu te projettes dans cinq ans ou dans dix ans ?

C’est un peu l’impro. Je ne sais pas du tout, ça va être en fonction des opportunités qui se présentent. Il y a eu ce concours, je l’ai préparé. Il y en aura peut-être d’autres. Peut-être, à un moment, une idée va germer, et je vais plancher dessus. Comme je disais, c’est un peu l’improvisation.

Comment se passe le travail avec la Webtoon Factory, il y a des échanges avec eux, de manière régulière, sur le suivi de la série ?

Pendant la phase de production, quand je finissais un scénario, je l’envoyais à la Webtoon Factory pour qu’ils valident, et une fois l’épisode fini et monté, j’envoyais pour validation. Il y avait toujours une validation.

Tu as eu des retours justifiés, ils te donnaient une raison pour lesquelles il fallait corriger ?

Oui, quand il y avait des modifications, ils m’expliquaient pourquoi, c’était un échange.

Tu as appris des choses ?

Oui, c’était intéressant. Mais il y a eu le COVID au milieu.

Tu es arrivé à l‘EIMA après des études d’infirmière et tu as repris le dessin en intégrant l’école. Dans le parcours de ces trois ans, comment se passe l’orientation ?

Moi, quand j’y étais, c’était en trois ans et la troisième année, on choisissait une matière majeure et une mineure, on avait le choix entre manga, jeu vidéo, illustration etc. Et maintenant, ça a changé, il y a trois années de tronc commun, deux années de spécialisation où on choisit entre manga et illustration. Moi, c’était plus ramassé et plus intense.

Qu’est-ce que tu retiens de ton passage à l’IEIMA , y a-t-il eu des événements marquants ?

J’ai été bien préparé. Je suis venu chercher de la narration, j’ai trouvé de la narration ! J’étais la première promotion, Nakashima-sensei, notre professeur, on l’a eu presque pour nous, elle m’a bien enseigné tous les codes. C’était presque des cours particuliers, on était que quinze, c’était génial, j’ai mangé de la narration, c’était super. Professionnellement parlant, j’étais bien formée, j’ai appris à faire des dossiers pour les éditeurs, à démarcher, on a même eu des cours de droit, c’était très enrichissant, j’étais prête à être artiste.  Tu peux pas dire que tu es jetée dans la nature, c’est pas du tout ce que j’ai ressenti.
Certains auteurs sont venus en masterclass, comme Tony Valente et Reno Lemaire, qui est arrivé pile quand j’étais en deuxième année, il restait encore une année, on était dans un état de grosse fatigue, et Reno Lemaire a été super rafraîchissant, il nos a offert un échange détendu, c’était vraiment génial. Des masterclass, il y en avait régulièrement sur les trois ans, car c’est très intéressant de partager avec des auteurs déjà implantés. Il n’y avait pas que des français, même des japonais sont venus.

Il y avait des traducteurs ?

Oui, même avec Nakashima sensei, il y avait une traductrice, car dès qu’on parle technique, il vaut mieux quelqu’un pour traduire en Japonais.

On voit le respect que tu as pour ta professeur, madame Nakashima à la manière dont tu en parles.

Oui, c’est génial d’avoir un professeur Japonais pour apprendre un art Japonais, c’est super. On l’appelait Nakashima Sensei au quotidien. Et depuis, c’est resté.

Il y avait d’autres professeur internationaux ?

Il y avait la prof de Japonais, car on avait aussi des cours de Japonais. Elle était aussi la traductrice des cours.

A propos des technique de narration, il y a des éléments qui t’ont aidé pour Space Maru ? Où tu t’es dit, en appliquant cela, je vais vraiment booster mon projet ?

Oui, tout à fait, en arrivant à l’IEMA, je ne savais pas écrire une histoire. J’avais essayé d’écrire, j’ai jamais réussi à aboutir une histoire. J’ai tout appris là bas, le scénario, donner un objectif à mon personnage, connaître la fin avant de commencer, mais j’ai appris aussi la technique narrative par le dessin, la règle des 360… J’ai tout appliqué sur Space Maru !

Ca a du te faire plaisir de pouvoir mettre en pratique rapidement tout tes acquis grâce à Space Maru ?

Oui, c’était super. Je suis contente de pouvoir le partager maintenant, car j’ai fini de le dessiner l’année dernière en septembre, j’ai attendu un moment avant qu’on puisse le voir. Aujourd’hui, je suis content de pouvoir le voir sorti. C’est un grand soulagement.

Tant mieux, longue et belle vie à Space Maru. Tu aurais d’autres opportunités de présenter une nouvelle histoire à la Webtoon Factory pour un autre projet ?

Oui, bien sûr, j’avais présenté une saison 2 qui n’a pas été retenue, car ils devaient attendre de voir comment se passait la première. Je garde en tête de présenter un autre projet ou la suite de Space Maru, si elle est acceptée.

Il y a d’autres éléments de la formation dont on n’a pas parlé que tu voudrais évoquer ?

Il y a d’autres matière, théâtre, cinéma, d’autres trucs. Mais déjà le fait de de parler de narration, dessin, cours de droit, masterclass, ça résume bien.

Grâce à l’EIMA, il y a des possibilités d’aller en salon des BD, comme Angoulême, pour les étudiants ?

L’EIMA a un stand à Angoulême par exemple. Si j’avais fait la démarche de me présenter à côté d’eux, ils m’auraient dit oui, mais là, c’est moi qui n’ai pas fait la démarche.

Merci Marylou d’avoir accepté de répondre à ces quelques questions.

Space Maru, un dessin de Marylou Meli qui donne bien envie d’aller lire son webtoon !

David

David Neau

Scénariste pour le jeu vidéo, le cinéma et le podcast, Auteur-dessinateur de la BD numérique Zéda, Chroniqueur Web sur la BD sous toutes ses formes, Réalisateur de courts-métrages animés, Formateur à la BD numérique

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